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[Tribune] Compteurs Linky : un mauvais débat à l'heure du numérique !

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Alors que le Linky se veut être un relais pour les usagers pour plus de confort et d’efficience avec un fort enjeu social, un combat d’arrière garde est en train d’être livré par un groupe d’industriels qui veulent imposer leur protocole choisi il y a une dizaine d’années comme pilier de leur stratégie industrielle.
Si les enjeux sont importants pour ces acteurs qui souhaiteraient conforter leur stratégie par un choix structurant les 20 à 30 années à venir, nous pouvons nous interroger sur l’intérêt côté usager. En effet, ces solutions ont été pensé alors que la révolution numérique n’existait pas et sont aujourd’hui totalement déplacée.
Au delà du décalage technique et de la non adéquation aux usages qui veulent des solutions ouvertes et évolutives, la préconisation en cours viendrait figer un paysage avec à la clé un gâchis évident et des conséquences incalculables tant pour les mandataires que les mandatés.
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Plus nous avançons vers un univers tout connecté, plus l’IoT est en train de remettre en cause violemment la stratégie de tous les grands industriels traditionnels fondée il y a une dizaine d’année autour d’un ou deux protocoles radio devant assurer la colonne vertébrale de leur offre intégrée.
Tous sans exception ont pensé leur stratégie sur des schémas anciens consistant à bâtir une offre complète intégrant à la fois un écosystème matériel comportant des capteurs et actionneurs, un système de contrôle et de supervision et des services associés autour de webservices, le protocole devant être ainsi le trait d’union entre chaque niveau pour une offre homogène et intégrée.
Dans certains cas le protocole radio choisi était propriétaire, type X2D, IO Home Control, Coronis, Z- Wave…dans d’autres cas un protocole standardisé était sélectionné comme Zig Bee, KNX ou plus tard EnOcean. L’interopérabilité n’a pas toujours été le premier facteur d’intérêt.
Ainsi pour ZigBee, nous avons vu fleurir une cinquantaine de Zig Bee propriétaires avant que fin-2015, l’Alliance ZigBee annonce une migration progressive vers Zig Bee 3.0 qui ne devrait être que partiellement effective fin d’année. Dans tous les cas, les industriels ont voulu maîtriser la couche applicative du protocole sélectionné.
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Quels protocoles pour l’avenir ?

La présence de ces industriels au Board of Direction des différentes Alliance (Zig Bee, KNX, …) était la condition sine qua non à l’adoption du protocole. Fort de cette assurance, chacun a œuvré pour bâtir un écosystème autour de leur choix dosant l’ouverture au compte goutte.
L’objectif étant de gagner le plus d’industriels périphériques peu ou non concurrents permettant de bâtir une offre globale homogène. Au delà du choix du protocole, le jeu d’Alliance était ainsi l’enjeu majeur de chacun. Ainsi quand Nest a lancé son nouveau protocole Thread, les mêmes industriels se sont empressés d’y adhérer et pour certains d’être aussitôt membre du Board pour poursuivre la même stratégie. Mais plus nous avançons plus il semble que cette stratégie ait ses limites.
L’arrivée de protocoles comme Bluetooth Low Energy (BLE) issu du Consumer Market ou de LoRa viennent remettre en cause violemment ces stratégies. Le smartphone est à ce titre l’élément déclencheur. En effet, BLE est embarqué dans le Smartphone et LoRa est de plus en plus porté par les opérateurs télécoms.
A ce titre un grand industriel français a développé un récepteur LoRa se positionnant dans le tableau électrique qui permet de transmettre une information bidirectionnelle via un smartphone. Ce type de solution se développe de plus en plus et n’est pas limitée à un fabricant.
Par ailleurs, EDF a développé un ERL sur BLE, qui est disponible. Ceci démontre bien l’évolution des solutions vers une interface direct utilisateur par le smartphone pour l’intérêt de l’usager. Dans les deux cas il n’y a pas besoin d’ajout de passerelle coûteuse et sujette à pannes.
Nous voyons bien que le dossier de l’ERL est soumis à de fortes pressions d’industriels… Cependant il est avant tout important à mon avis de penser à l’intérêt de l’usager tout en considérant la pérennité et le coût de la ou des solutions retenues.
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L’arrivée du LiFi

L’arrivée du LiFi poussé par les LEDs qui sera intégré dans le prochain iPhone 7 devrait également contribuer à déstabiliser encore un peu plus ces fragiles écosystèmes. Face à ce constat, il est urgent de ne pas prendre une position structurante quelque soit la pression que pourrait faire tel ou tel industriel ou groupe d’industriels.
A ce jour il n’y a qu’une certitude qui semble se dessiner : le monde des objets connectés sera IP mais cela ne règle pas tout. Il est en fait absurde et inconcevable d’avoir de l’IP à tous les niveaux.
Ainsi le capteur de température ou l’interrupteur n’ont pas besoin d’être IP. Ce qui importe avant tout ici c’est la flexibilité, la sécurité et la pérennité. Le sans-fil et sans-pile devient incontournable dans l’IoT et à cet égard est incompatible directement avec l’IP qui est trop énergivore.
Il faut donc un vecteur intermédiaire.

“-Plus nous progressons, moins le choix du protocole ne doit constituer un enjeu stratégique.”

Un protocole intermédiaire ?

Un protocole comme EnOcean, standard international basé sur 868 MHz en Europe, répondrai parfaitement à cet impératif. Par ailleurs, la fréquence utilisée devient de plus en plus un enjeu clé. En effet, si 2.4 GHz est une fréquence autorisée à l’échelle de la planète, elle devient de plus en plus encombrée et de facto perturbée malgré la possibilité de sélectionner différents sous canaux.
Ainsi, le Royaume-Uni a du convertir récemment ses 2 millions de compteurs de 2,4 GHz à 868 MHz pour résoudre ces problèmes de connectivité. Et plus nous progressons, moins le choix du protocole ne doit constituer un enjeu stratégique.
A ce titre, la Smart Building Alliance a bien dissocié l’univers du Bâtiment Ready2services en 3 couches distinctes :

  1. la couche terrain constituée d’équipements communicant avec une couche supérieure,
  2. la couche infrastructure du Bâtiment décrite en zones interconnectées en IP,
  3. la couche cloud où circulent librement les données du bâtiment pour l’émergence de services.

La bataille qui se livre actuellement autour de l’ERL dans le compteur connecté Linky pour implanter tel ou tel protocole est à ce titre totalement hors sujet et d’un autre âge.
Je suis d’ailleurs prêt à parier que ces mêmes industriels qui poussent aujourd’hui une technologie seront les mêmes qui dans à peine 3 ans en pousseront une autre. Entre temps l’usager se sera vu équiper d’un compteur communicant avec lequel il ne pourra pas ou mal communiquer… et ce aux dépens du contribuable qui aura assumé l’investissement.
Lorsque l’on parle de 35 millions de compteurs communicants, il ne s’agit malheureusement pas d’un petit investissement. Et on n’est pas loin d’un scandale national !

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