Elon Musk applique la 'stratégie Android' à Tesla Motors

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Au milieu de l’année 2014, Elon Musk, patron médiatique de Tesla Motors –et à l’origine de SpaceX et d’Hyperloop– annonçait que le constructeur automobile renonçait à l’exclusivité sur ses brevets.

Cette décision autorise donc ses concurrents à utiliser librement ses technologies pour concevoir des voitures électriques de nouvelle génération, mais Tesla ne devient pas open-source pour autant…

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Rarissime dans les secteurs industriels et technologiques –où la chasse gardée aux brevets fait foi et bride souvent l’innovation– cette décision a été expliquée par Elon Musk sur le blog de la firme :

“Dans l’entrée de l’entreprise Tesla, il y avait un mur recouvert de brevets, ce n’est plus le cas. Ils ont été enlevés dans l’esprit du mouvement « Open Source » pour faire avancer la technologie des voitures électriques. Tesla a été créé pour accélérer l’avènement du transport durable. Mais déposer des brevets, c’est comme laisser des mines derrière nous pour inhiber les autres, ce qui est contraire à notre objectif. Nous avons créé des brevets par crainte que les grands constructeurs utilisent leur plus grande puissance pour submerger Tesla. La triste réalité est à l’opposé. Les programmes de voitures entièrement électriques sont généralement de petite taille, voire inexistants, constituant le plus souvent moins de 1% de leur production totale. Notre concurrence n’est pas les quelques autos électriques qui concurrencent Tesla. C’est l’énorme flot de voitures à essence qui sort chaque jour des usines du monde entier. […] Tesla ne va intenter aucune poursuite judiciaire sur la base de brevets contre toute personne qui, de bonne foi, veut utiliser notre technologie.” 

Tesla applique la recette Google :

Tesla adopte ici une stratégie proche de celle de Google, passé maître dans l’art des applications ouvertes : après avoir dépensé des millions de dollars dans le développement d’Android, un système d’exploitation pour les terminaux mobiles (Android est l’OS le plus populaire* dans le monde pour les smartphones), le géant de la recherche a tout simplement décidé d’en faire un logiciel libresous licence GNU/GPL– permettant une adoption rapide de multiples services Google par les utilisateurs. Les revenus sont ainsi générés principalement par la publicité. Elon Musk avait ainsi déclaré au site Engadget :

“Nous ne voulons pas créer un ‘pré carré’ avec ces superchargeurs. Nous serions heureux de nous entendre avec d’autres constructeurs pour leur permettre de les utiliser. A eux de se mettre en accord avec notre standard”.

Mais Tesla n’est pas le seul à vouloir imposer sa solution technique comme un standard technologique pour les bornes de recharge rapides des véhicules électriques. Plusieurs consortiums ont d’ailleurs développé leurs propres technologies, comme les bornes “CHAdeMO” en provenance du Japon et qui comptent déjà plus de 3.600 installations dans le monde (quelques centaines pour Tesla). Mais les acteurs allemands –dont Bosch et Daimler avec la norme SAE– ont également des velléités sur ce marché promis à l’explosion au cours des deux prochaines années.

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Tesla ne devient pas Open-Source :

En réalité donc, Tesla Motors n’a guère renoncé à la propriété de ses brevets –contrairement à ce qu’impliquerait une véritable stratégie open-source– et se réserve évidemment donc le droit de les utiliser défensivement contre un concurrent le cas échéant. Mais Tesla, installé à Palo Alto en Californie, a instauré un accord tacite qui s’apparente à un échange de bons procédés pour favoriser sa technologie comme la meilleure du futur marché en expansion des véhicules électriques. Sans cela, Tesla serait condamné à détenir un monopole de niche sur les véhicules premium électriques. Quoique Mercedes et LG n’ont pas dit leur dernier mot.

Le produit phare de Tesla Motors, en plus de son modèle Tesla S, est en effet sa technologie ‘Supercharger’ qui ajoute une autonomie de près de 300 km à une voiture électrique en seulement 30 minutes. Evidemment, l’objectif de Tesla, à terme, est d’aboutir à des véhicules autonomes totalement.

Déployer des Superchargeurs dans le monde :

En implantant librement et massivement la technologie Supercharger dans leurs véhicules, les constructeurs automobiles partenaires de Tesla seraient ainsi fortement incités à construire des stations de recharge compatibles… ce qui étendra d’autant le réseau Supercharger, à l’instar de la croissance organique rapide d’Android sur les terminaux mobiles dans le cas de la « recette » suivie par Google. Parallèlement, la stratégie de Tesla Motors attirera probablement de nombreux ingénieurs qui accéléreront le rythme de l’innovation au sujet des véhicules électriques, comme ce fut le cas pour l’Android de Google, qui attira un écosystème large de développeurs et de geeks.

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Pas à pas, l’industrie automobile suit donc des stratégies d’innovation héritées du secteur de l’informatique et des logiciels. Si Elon Musk parvient à convaincre certains des concurrents de Tesla d’utiliser la technologie Supercharger, il créera au passage un environnement technologique propice à l’établissement de normes favorables à ses voitures électriques, renforçant in fine la position dominante de Tesla Motors. Selon Elon Musk, plus de 20 ans seront nécessaires pour remplacer le parc mondial des véhicules à essence par des véhicules électriques.

« la décision de Tesla constitue donc sans doute un jalon important dans une série de mutations qui annoncent graduellement une révolution industrielle fondamentale. Elle montre que les principes qui étaient à la base du logiciel libre peuvent se prolonger en direction de la production matérielle. » (Scinfolex

*: En 4 ans, Android est devenu le système d’exploitation mobile de plus de 75% des smartphones et tablettes vendus dans le monde, loin devant iOS d’Apple et Windows Phone de Microsoft.

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