Lionel Paillet, GM Europe de Nest : «-Nous faisons de la technologie pour les gens »

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Lionel Paillet, Directeur Général de Nest en Europe a répondu aux questions d’Aruco suite à l’ouverture du protocole de communication Nest Weave aux autres fabricants d’objets connectés.

Tous les objets connectés des partenaires de la filiale domotique de Google peuvent désormais utiliser le protocole applicatif de Nest, en cohabitation étroite avec les technologies de communication de leur choix : WiFi, Thread, réseau cellulaire ou bas-débit.

Avec l’annonce d’un accord entre Nest et Legrand pour utiliser le protocole Weave au sein des produits du groupe, leader dans les produits et systèmes pour installations électriques et réseaux d’information. Un accord similaire avait été conclu avec Somfy il y a quelques mois…

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Pour comprendre pourquoi et comment Nest envisage l’avenir des objets connectés depuis son rachat par Google (il y a 18 mois pour 3,2 milliards de dollars) nous avons joint Lionel Paillet par téléphone en début de semaine alors qu’il rentrait à peine des Etats-Unis, où se trouve le siège de Nest Labs, à Palo Alto en Californie.

Bonjour Lionel Paillet, comment va Nest ?

Lionel Paillet : “- Nest va bien. Nous nous sommes lancé en France le 18 Septembre 2014 et Nest commercialise désormais ses produits dans 5 pays en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis et au Canada.

Aujourd’hui, Nest c’est environ 1.000 salariés, dont les deux tiers sont dédiés à l’ingénierie ce qui nous permet désormais d’avoir en interne les ressources techniques qui donnent matière à nos ambitions de créer la maison intelligente et plus consciente dont tout le monde parle.

Depuis le rachat par Google qui est désormais le groupe Alphabet, nous disposons de nouvelles ressources nous permettant de continuer à avancer et qui nous permettent de nous projeter loin.

Mais il y a aussi tout une partie de choses qui n’ont pas changé, notamment parce que Google était déjà impliqué dans Nest depuis longtemps –Google Ventures a investi dans Nest en Aout 2011, ndlr– et puis parce que nous avons choisi de garder une marque et une culture d’entreprise indépendante. La structure de Nest n’a pas déménagé à Mountain View même si nous sommes proches (5 miles séparent les deux sièges, ndlr).

En cela, nous sommes très représentatifs de ce que veut faire le groupe Alphabet avec ses futurs investissements dans des projets plus matures comme ce fût le cas avec Nest. Nous sommes une filiale avec une grande autonomie et nous restons à part pour de nombreux sujets, dont le développement et l’ingénierie, la sécurité et le stockage des données utilisateurs. Cela n’a toujours pas changé et ne changera pas !”

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Pourquoi ouvrir Weave aujourd’hui ?

Lionel Paillet “- Weave est un protocole applicatif que nous utilisons en interne depuis plusieurs années pour faire communiquer les objets connectés Nest entre eux. La création de Weave correspond à un besoin interne au départ : en créant notre détecteur de fumée Nest Protect nous avons commencé à imaginer quelles seraient les contraintes d’un produit de sécurité installé au sein d’une maison en feu. Rapidement il nous est apparu que le WiFi pourrait rapidement ne plus être fonctionnel dans ce cas. Votre maison ne doit pas s’arrêter lorsque le WiFi s’arrête.

Nous avons testé plusieurs technologies permettant de transmettre des alertes entre objets et rien ne nous satisfaisait. On était frustrés d’une manière ou d’une autre. Les technologies qui s’offraient à nous à l’époque ne proposaient qu’une partie des critères que nous avions déterminés indispensables. Nous avons donc créé Nest Weave qui est à la fois fiable, économe, performant et sécurisé.

Mais à l’échelle du Smart Home, nous sommes malgré tout persuadé qu’aucune entreprise ne va fabriquer tous les objets connectés de la maison, pas même Nest. Beaucoup d’entreprises font d’excellents produits pour la maison, notamment dans le blanc, et ça va continuer. Les savoir-faires sont trop différents pour qu’un acteur prétende tout faire parfaitement. (…) Nous, nous n’essayons pas de tout remplacer, nous voulons faire de la technologie pour les gens et le faire très bien.

En créant Nest Weave et Thread avec Samsung, on s’est aperçu que Weave pouvait servir à beaucoup d’autres acteurs car c’est très compliqué de fabriquer d’excellents produits sans que l’utilisateur ait besoin d’être un ingénieur pour les faire fonctionner à pleine capacité.

Notre contribution pour rendre cela plus simple, c’est de proposer Thread au sein d’une alliance ouverte (ARM a notamment rejoint l’alliance, ndlr) et maintenant Weave, qui peut être utilisé par les autres fabricants sans frais pour décrire leurs objets connectés de manière précise et les faire dialoguer avec d’autres en machine-to-machine plutôt qu’au travers d’interfaces utilisateurs.

La démarche d’ouverture de Weave n’est pas un modèle économique. La décision est simplement liée au dynamisme de la catégorie : si le Smart Home va bien, Nest se développera bien également.

Même si on n’est pas les premiers à se pencher sur ces questions, il semble que la solution Weave puisse répondre aux problèmes d’autres acteurs. Et c’est tant mieux.”

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Que viennent chercher les partenaires comme Legrand dans Weave ?

Lionel Paillet : “- A l’heure où nous parlons, nous sommes les seules à faire ça. Nest Weave n’a pas d’équivalent actuellement.

Concrêtement, les fabricants qui utilisent Weave bénéficient donc d’un protocole qui va améliorer la sécurité (tourne sur IPv6, ndlrcar Weave est une couche applicative qui intègre la sécurité de bout-en-bout et ne se repose pas sur la sécurité du composant précédant. On inclut par exemple dans Nest Weave la génération centrale de clés de sécurité par application. Pour l’encryption c’est la même chose.

Pour les produits qui opèrent sur des batteries, Weave fonctionne avec une très faible bande-passante de manière à préserver l’autonomie des objets connectés. Ensuite, le modèle de données permet de décrire les objets sous forme de capacités intrinsèques afin de les faire communiquer entre eux de manière poussée et avec une très faible latence, ce qui est important pour la transmission d’alertes par exemple.

Enfin, Nest Weave est aussi un moyen pour le fabricant de déployer un ensemble de services sur son objet connecté. L’utilisateur peut ainsi bénéficier d’une mécanique de mises-à-jour régulières pour ses objets connectés. Idem pour la synchronisation ou pour le device-pairing de nouveaux appareils dans la maison, et toujours sans avoir besoin de recourir à un Hub.”

Pourquoi Nest n’a-t-il pas lancé OnHub lui même ? Lancerez-vous un Hub Nest à l’avenir ?

Lionel Paillet : “-Google avait déjà le projet OnHub en interne avant que nous rejoignions Alphabet. En plus de ça, Nest a plutot une vision ‘hub-less’ au sein de laquelle on considère que le hub est quelque chose qui vient en plus dans la maison mais n’est pas pour autant indispensable. Chez Nest, le Hub n’entre pas dans notre stratégie de créer une maison consciente. Dans une installation domotique, j’ai l’impression qu’on ne parle du Hub que quand quelque chose dysfonctionne.

Au delà de ça, un Hub impose souvent de passer par le WiFi et c’est une contrainte que nous ne sommes pas prêts à accepter, pour les raisons évoquées précédemment. Fonctionner sans Hub nous semble donc la manière la plus évidente de proposer le service que nous voulons opérer dans la maison connectée.

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Au final, Google a lancé le OnHub et il contient tout ce que nous aurions aimé y voir : les différentes sortes de WiFi, le bluetooth et les composants radio suffisants pour faire tourner la couche applicative Nest Weave. Si jamais on avait un jour besoin d’un Hub, celui-ci nous conviendrait bien.”

2015 : Quel bilan tirez-vous pour l’IoT ?

Lionel Paillet : “-A une échelle internationale, on a vu beaucoup d’entreprises sortir sur la vague ‘Internet of Things’ mais je suis convaincu qu’à la fin c’est toujours le produit qui gagne : il faut qu’il soit excellent ! Les ‘bons produits‘ ne survivront pas.

Actuellement, on arrive à une phase de consumérisation des objets connectés où ils deviennent à la fois engageants, efficaces et utiles, de sorte qu’ils commencent à prendre une place dans les modes de vie modernes. C’est la condition indispensable : il faut que les objets soient magiques pour qu’ils créent de vraies expérience et un usage réel, sous peine de finir au placard au bout de 6 mois.

En 2015, on a aussi vu l’émergeance d’une discussion au sujet des plateformes. Tout le monde veut la faire : les opérateurs télécoms, les distributeurs, etc. La réalité de cela, c’est que ce sont les développeurs qui ont les cartes en main. C’est eux qui décident en fonction des solutions qui leurs permettent de réaliser leur vision.

Pour autant, le consommateur lambda a encore du mal a identifier la valeur ajouté de certaines technologies. Le frigo connecté va encore paraitre mystérieux à beaucoup de monde pour encore 1 ou 2 ans probablement. Dès que de vrais bénéfices apparaitront, l’adoption va décoller.

Cette année, on a vu apparaitre de bien meilleurs produits mais les choses n’ont en effet pas beaucoup avancé sur le plan des standards et des technologies. C’est toujours compliqué pour les développeurs de s’y retrouver et c’est la raison pour laquelle ils adhèrent à de nombreuses alliances.

Probablement que c’est un des frein qu’il reste à lever en 2016 et après. Nest espère participer à cela et les premiers retours sont positifs.

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Weave peut-il devenir un standard reversé à l’open-source ?

Lionel Paillet : “-Pour l’instant, Weave n’est pas un open-standard car il vient à peine de sortir. Nous croyons que ça peut devenir une solution technique largement adoptée, mais on ne peut évidemment pas encore dire ce que Weave sera demain. Il pourrait aussi y avoir d’autres technologies créées par d’autres entreprises d’ici là, et on l’accepte.

Aujourd’hui, la question de reverser Weave à l’open-source n’est pas à l’ordre du jour, mais si la situation change à l’avenir, évidemment que ce serait une grande étape et cela ferait l’objet d’une communication à part.”

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