Les nouveautés d'Apple effraient les opérateurs télécom et les chaines de distribution

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Suite au lancement d’Apple Pay pour le paiement, de la carte SIM Apple pour les iPad et de HealthKit pour la santé, de nombreux acteurs, dont ceux des objets connectés, de la distribution et des télécoms, deviennent réticents aux innovations de la pomme. Mais pour quelles raisons ?

2014 aura été une grande année pour Apple. En plus du lancement de son iPhone 6, de ses nouveaux iPads et de la présentation de sa montre connectée Apple Watch, la pomme a surtout marqué le monde de la high tech par sa volonté d’être de plus en plus présente dans notre vie en nous la simplifiant. Désormais, nos données de santé sont centralisées dans un seul et même endroit grâce à HealthKit, nous payons (bientôt en France) avec notre smartphone en quelques secondes avec Apple Pay et nous sélectionnons l’opérateur télécom de notre choix depuis notre iPad en quelques clics grâce à la carte SIM Apple. Apple semble donc déterminée à simplifier la vie des utilisateurs en se chargeant de presque tout. Mais est-ce une bonne chose ? Et surtout, quel est l’impact sur les acteurs dont Apple utilise les services ? La pomme a toujours été respectée mais aujourd’hui, elle commence à inquiéter et la résistance s’organise.

Apple face aux acteurs de la santé

apple health

Avec iOS 8, Apple a présenté HealthKit et Santé, une application qui permet de regrouper toutes les informations de ses objets connectés de quantified self et de santé. Une excellente idée pour éviter d’avoir à utiliser plusieurs applications. Cependant, cela signifie qu’Apple accède à toutes les informations de l’utilisateur. Une chose que les consommateurs n’acceptent pas forcément mais cela reste une option que l’on active ou non.

Du côté des constructeurs, certains se sont d’ores et déjà rangés du côté d’Apple comme Withings et Jawbone mais d’autres font de la résistance. C’est le cas de Fitbit qui n’a pas souhaité rendre ses appareils compatibles avec l’application d’Apple, du moins pour le moment. Le fabricant souhaite attendre les premiers retours des utilisateurs d’Apple ainsi que de ses clients afin de voir si l’intégration est nécessaire ou non.

Mais au-delà des fabricants, la bataille se joue également du côté des consommateurs avec deux camps qui s’affrontent : ceux qui sont satisfaits de cette intégration et ceux qui crient au grand méchant loup. Difficile de savoir qui a raison de qui a tort mais tout cela soulève une question centrale : quel est le but d’Apple en centralisant toutes ces informations ? Au final, l’application santé se présente comme le carnet de santé 2.0 de l’utilisateur. Une excellente idée mais est-ce le rôle d’un géant de s’en occuper ?

Cette question épineuse relance le débat sur la propriété des données et leur utilisation. Une polémique avait d’ailleurs explosé à ce sujet en début d’année lorsque Facebook avait racheté Moves, une application qui permet de faire du quantified self depuis son téléphone. Dans les conditions générales d’utilisation, Moves garantissait la privatisation des données. Depuis le rachat, cette règle a sauté et toutes les données des utilisateurs sont devenues la propriété de Facebook. Une manière pour le réseau social de compléter grandement les fiches de profil de ses utilisateurs.

Une aubaine pour Facebook donc mais un affront pour les utilisateurs qui du jour au lendemain ont perdu le contrôle de leurs informations. Attention donc à vos données car ce cas pourrait se reproduire si un autre géant décidait de croquer une startup et sa base d’utilisateurs.En ce sens, un certains nombres d’acteurs refusent de se ranger aux côtés d’Apple pour la santé.

Apple face aux opérateurs télécom

apple sim card

Pour fonctionner sur un réseau mobile (2G/3G/4G), les appareils mobiles nécessitent une carte SIM. Celle-ci contient des informations qui permettent à l’utilisateur d’accéder au réseau d’un opérateur. Sans elle, impossible de pouvoir téléphoner ou d’accéder à internet depuis son mobile.

Les cartes SIM sont fournies par les opérateurs et représentent donc la clé d’accès à leur réseau. Pour utiliser le réseau d’un concurrent, l’utilisateur doit changer sa carte SIM.

Afin d’outre passer cette obligation, Apple a décidé d’intégrer sa propre carte SIM dans la dernière génération d’iPad (iPad Mini 3 et iPad Air 2). Cette carte SIM programmable permet de souscrire à l’opérateur de son choix en seulement quelques clics sans engagement et sans avoir à commander une nouvelle carte SIM.

Une promesse alléchante mais qui soulève deux questions : pourquoi intégrer cette carte seulement dans les iPad ? Et quelle est la réaction des opérateurs ? La réponse à la première question est simple : les iPad intégrants des cartes SIM ne représentent qu’une infime part des ventes d’Apple. Cela permet donc une expérimentation de la solution en conditions réelles mais à petite échelle. Une manière de tester le marché, aussi bien du côté opérateur qu’utilisateur.

Et la réaction est loin d’être inattendue : les clients sont ravis car Apple leur simplifie la vie et les opérateurs sont méfiants car Apple touche à leur business.

Résultat sur le sol américain : seulement 2 opérateurs sur les 4 principaux ont décidé de jouer le jeu. En effet, seuls Sprint et T-Mobile, les deux plus petits opérateurs, ont décidé de suivre Apple dans cette initiative. De son côté, AT&T, le plus gros opérateur américain, bloque la carte SIM une fois celle-ci connectée à son réseau. Concernant Verizon, le second opérateur américain (plus de 100 millions de clients mobile), aucun accord n’a été signé avec la pomme.

Apple est pourtant vue comme un partenaire important pour les opérateurs car chaque lancement d’iPhone est synonyme de gros volumes de ventes. Mais le fait qu’Apple se présente comme un MVNO (un opérateur proposant sa propre carte SIM mais utilisant le réseau d’un opérateur en place) est interprété comme une attaque frontale envers les opérateurs traditionnels. En effet, la gestion de la carte SIM inclue la relation client liée à celle-ci (et notamment les habitudes de consommation des utilisateurs). La connaissance de l’abonné est pourtant un élément essentiel pour un opérateur car cela permet de proposer des services adaptés.

En devenant un MVNO, Apple récupère ces informations et fait donc perdre de la valeur aux opérateurs qui ne deviennent plus que de simples tuyaux par lesquels transite l’information. Les opérateurs américains jouent donc la carte de la prudence afin d’éviter de voir une partie de leurs revenus tomber dans les poches d’Apple.

Et il y a fort à parier que cette tendance se retrouvera dans d’autres pays dont la France. On pense notamment à Free qui lutte déjà depuis plusieurs années contre Google concernant la monopolisation des réseaux avec YouTube.

Apple face à la distribution

apple pay

Avec son iPhone 6, Apple a décidé de s’attaquer à un autre marché : celui de la banque. En effet, les iPhone 6 et 6 Plus embarquent une puce NFC qui permet de payer sans contact avec son smartphone dans les magasins. Cela nécessite cependant qu’Apple ait signé un accord avec votre banque (ce qui n’est pas le cas en France à l’heure actuelle) et que le commerçant possède la machine compatible pour faire la transaction. En somme, c’est la fin annoncée de l’utilisation de la carte de paiement dans les magasins physiques (du moins sur le papier).

On pourrait croire que cette annonce soit néfaste aux fabricants de cartes bleues que sont Visa, Mastercard et American Express mais il n’en est rien. En effet, les 3 leaders ont signé des accords avec Apple pour être intégrés dans la solution Apple Pay sans réelles craintes. La raison est simple : il est toujours nécessaire de posséder une carte pour utiliser le service d’Apple, du moins pour le moment.

Les banques sont également impliquées dans la solution et il semblerait que celles-ci aient répondu positivement outre-atlantique. Encore une fois, la raison est simple : Apple ne touche pas à leur business. On attend de voir maintenant ce qu’il en sera en France.

Et le dernier intermédiaire pour utiliser la solution d’Apple est le commerçant. Et c’est de ce côté que les problèmes se posent. En effet, certains comme McDonalds ont d’ores et déjà intégré la solution dans leurs points de ventes mais d’autres ont décidé de tout simplement la bannir.

Pour plus d’informations à ce sujet, nous invitons à lire notre article sur Apple Pay (des enseignes américaines veulent imposer CurrentC face au paiement NFC)

Pour résumer, certaines grandes marques de distribution américaines tentent de barrer la route d’Apple en favorisant le développement d’une solution concurrente basée sur des QR Codes. Cela pourrait rester anodin si la MCX, un regroupement d’entreprises qui représente 20% des dépenses totales dans les boutiques américaines, n’était pas impliquée. Un réel revers pour Apple qui tente d’imposer sa solution aux USA.

Et cette tendance est également visible en France avec notamment Auchan qui lance MyAuchan, une application mobile qui a l’ambition de rivaliser avec Apple Pay. Le principe est similaire : stocker sa carte bleue ainsi que ses cartes de fidélités dans l’application pour pouvoir payer en magasin. Il est également possible de stocker ses bons de réductions pour les utiliser plus facilement en magasin.

Une réelle attaque frontale à tous les géants de la high tech qui essayent de s’accaparer le marché du paiement. Mais en réalité, il ne s’agit ici que d’un coup d’épée dans l’eau sachant que l’application Auchan ne sert à payer que chez Auchan. En même temps, il aurait été curieux de pouvoir payer chez Carrefour avec une application Auchan. Quoi qu’il en soit, l’idée reste tout même très intéressante et demande à être généralisée. Et Apple se positionne comme l’acteur capable de le faire mais force est de constater que cela ne plait pas à tout le monde.

Auchan a été le premier à dégainer et il y a fort à parier que d’autres commerces le suivront prochainement pour conserver les données de leurs utilisateurs.

Apple contre tous :

apple tim cook

Jusqu’alors vue comme une société innovante et génératrice de nouvelles tendances, Apple commence à inquiéter le monde. Que ce soit avec ses nouveaux appareils ou ses nouveaux services, Apple cherche à imposer de nouveaux standards dans le paiement, la santé ou encore la téléphonie. Mais force est de constater qu’en voulant s’attaquer à de nouvelles industries, Apple commence à se créer des ennemis.

En effet, tout le monde ne partage pas la même vision qu’Apple et la pomme commence à le comprendre. En voulant élargir son périmètre d’activité, Apple empiète sur celui des autres et cela pourrait lui porter préjudice.

Mais malgré ces quelques revers, Apple est également en train de tenter un réel coup de poker en essayant d’imposer plusieurs standards en même temps. Impossible pour le moment de définir l’impact de la pomme dans tous les domaines mais force est de constater que côté paiement, Apple a déjà annoncé plus d’un million d’utilisateurs pour son service Apple Pay, seulement 3 jours après son lancement. Effet nouveauté ou réel engouement, difficile à dire pour le moment mais une chose est sûre : la force de frappe d’Apple est toujours aussi impressionnante.

Les questions principales restent maintenant les suivantes : est-ce qu’Apple est légitime pour agréger toutes nos données ? N’est-ce pas dangereux de nous enfermer dans un seul et même écosystème au risque d’en devenir dépendant ? Et plus important : avec la multiplication des attaques informatiques qui augmentent chaque année, est-il encore judicieux de stocker nos informations personnelles dans le cloud ? A méditer.

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